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 Juste une dernière fois

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Patricia
Invité



MessageSujet: Juste une dernière fois   Dim 16 Avr - 2:04

NOTE : C'est ma première histoire. c'est dire si vos critiques seront importantes pour moi alors n'hésitez pas à me laisser des commentaires même négatifs. Merci.

Je vais vous raconter ce qui m'a été révélée, il y a fort longtemps. J'étais toute jeune quand cette histoire a eu lieu. A l'époque déjà, elle suscité beaucoup d'émotions et aujourd'hui encore, il n'est pas rare d'en entendre parler. D'abord, il me faut vous préciser que j'eus connaissance de ces faits qu'après le décés de mon père. Vous comprendrez pourquoi par la suite.
Donc aprés le décés de mon père, je me rendis chez le notoire de la famille pour la succession. C'est une chose somme toute banale aprés la perte d'un proche. Il devait ouvrir le testament et me remettre une lettre que mon père avait rédigé à mon attention. Je n'ouvris cette enveloppe, de retour chez moi. Les mains un peu tremblantes mais l'esprit curieux, je commençais ma lecture.

« Ma fille, si tu lis ceci, c'est que je ne suis plus de ce monde. Je vais te raconter une histoire que les anciens, pour toi, racontaient mais ils ne savaient pas toute la vérité. Je n'ai pas eu le courage de te la dire de vive voix. Tu comprendras peut-être pourquoi quand tu sauras. C'est une histoire magnifique et cruelle à la fois qui m'a profondément bouleversé quand l'homme dont il est question me l'a raconté. Mais ce que je découvris bien plus tard encore fut plus bouleversant. Voici cette histoire :

Je suis parti sur le chemin. Le fond de l'air du petit matin était frais. J'ai fait quelques pas et je me suis retourné lançant un dernier regard lourd et pesant sur cette vie que je m'apprêtais à quitter.
J'ai encore marché quelques minutes d'un pas hésitant et frêle. Non, non ! Tout cela ne pouvait finir ainsi. Ce n'était pas possible. Je devais la voir une dernière fois, juste une dernière fois.
Alors, mon pas s'est accéléré essayant de rattraper ces minutes égarées dans les méandres de mon esprit triste. J'ai accouru sans détour, la tête pleine de mille questions attendant mille réponses.
Lorsque je suis arrivé, la foule s'était dispersée laissant la place aux badauds qui venaient satisfaire leur curiosité. Tout doucement, je me suis rapproché d'elle. Au début, je voulais juste la regarder sans mots dire, simplement la regarder comme je l'ai si souvent fait. S'en souvient-elle encore ? Bien sûr que oui, je le sens, je le sais.
J'aurais pu rester là tout prés pendant des heures à la contempler. Le parfum des fleurs ennivrait l'espace et ces effluves me rappelaient combien sa peau sentait le parfum des fleurs. Je fermais les yeux un instant et je revis son corps nu allongé devant moi. Je revis ce corps à la peau douce et satinée. Si seulement, elle avait su ! Si seulement, elle avait bien voulu me voir comme moi je la voyais. Je ne serai pas aujourd'hui sur le point de partir vers un autre ailleurs. Mais c'est ainsi et je m'y suis résigné chaque jour un peu plus pour ne pas risquer de la perdre, pour juste continuer à l'admirer, pour juste la garder prés de moi. Alors, en silence, durant toutes ces années, j'ai repris mes couteaux, jour aprés jour et en silence, j'ai fait de ces boules de glaise, son corps, un corps si beau, tellement parfait.
Aujourd'hui, je suis toujours là, à la regarder en secret comme autrefois mais je suis fatigué de ne l'aimer que dans mes envies les plus intimes. J'aurais voulu qu'elle m'aime aussi dans les siens mais maintenant, il est trop tard. C'est impossible et il me faut trouver la force de me laisser partir pour je puisse fuir cet amour qui m'emprisonne et qui m'empoisonne chaque jour davantage. Et en même temps, je me rends bien compte que même ailleurs, je ne serai jamais libre.
Je ne saurais jamais si elle m'aura aimé, ne serait-ce qu'un jour, une heure. Il faut que j'apprenne à trouver mes souvenirs si j'ai assez de courage pour les affronter. Pourtant, j'ai bien assez pleuré et je pleureurais encore longtemps, aussi longtemps que mon âle se languira de la sienne. Mais à quoi bon tout ça ?
Comme elle est belle et je n'ose pas la toucher. D'autres n'hésiteraient pas pourtant mais moi, je la touche, je la caresse, je l'embrasse avec mes yeux. Les sensations et les émotions qui me traversent sont d'autant plus intenses quand il me faut deviner le velours de sa peau.
Je crois que je ne guérirais jamais de mon amour pour elle. Je le porterai sur mes épaules non pas comme un fardeau mais plutôt comme une pénitence. Ce sera ma punition pour m'être tu, pour n'avoir jamais osé défier le destin en lui avouant les émotions de mon coeur. Qui plus est, je vais changer de métier. Comment créer aprés elle ? Comment guider mes doigts et mes outils sur la terre ? Comment sculpter les sentiments aprés elle ?
Vous voyez, je suis bien pitoyable. Je ne suis plus rien. Je ne suis même pas mon ombre. Rien, je vous dis ! Mais regardez-moi, voyez ma souffrance et ma peine ! Voyez comme je l'aime ! Et elle, elle se taisait, elle ne disait rien. Elle avait bien raison. Que pouvait-elle dire à un misérable tel que moi.
Elle était ma muse, mon inspiratrice. Aujourd'hui, elle est mon souvenir, le souvenir d'une passion qui n'a jamais brûler. Vous voyez même au delà des mers, des montagnes, je continuerais à l'aimer. Alors, si elle me le permet, je ne vais plus partir. Je vais rester auprés d'elle pour attendre un signe, un souffle de sa part. En voulant la voir une dernière fois, je viens de comprendre que je ne pourrais jamais éloigner mes yeux et mon coeur d'elle. Je l'ai embrassée sur le front pour la première et la dernière fois avant de m'asseoir à ses côtés afin de la regarder pour l'éternité.
Je suis venu lui offrir un dernier cadeau. Si elle veut bien, je la déposerai là, sur la stèle au-dessus de son nom. C'est ma dernière sculpture d'elle. Elle est allongée sur le dos, les yeus regardant les étoiles.
Quant à moi, je me suis couché prés d'elle en attendant ma délivrance prochaine. Je voulais me laisser mourir là et j'ai prié :
« Mon Dieu, faites que le paradis soit aussi pur et aussi doux que mon amour pour elle. »

« Monsieur, monsieur ! Il faut partir. Il se fait tard. Le cimetière va fermer. »
« Non, je veux rester là, elle va m'appeler. Il faut que je reste. Laissez-moi tranquille ! »
« C'est cà, c'est ça ! Et bien, je crois que vous risquez d'attendre longtemps. Venez donc avec moi, on va en parler au chaud. Ils ont annoncé de la neige. »

Cet homme revint chaque jour déposer des fleurs belles et odorantes pour celle qu'il avait tant aimé. Bien plus tard, un autre hiver, j'ai retrouvé ses vêtements prés de la lourde dalle de marbre. Ils étaient disposés comme s'il s'était couché là et que son corps s'était volatilisé. Personne sur l'instant ne remarqua que la statue pleurait en tenant dans ses bras, son créateur.
Voilà bien longtemps ma fille que cette tragédie a eu lieu. On a souvent parler dans le village de ce fou qui se laissa mourir d'amour. On n'a jamais su où son corps avait disparu. La sépulture porte leur deux noms aujourd'hui et chaque jour, quelqu'un continuait de déposer de belles fleurs. C'était moi. Il faut que tu saches que cette jeune femme était ta mère. Tu te souviendras sûrement du matin où elle partit pour ne plus jamais revenir.
Quand j'ai recueilli ce pauvre homme fou de tristesse sur cette tombe, je l'ai emmené chez nous pour se réchauffer. Là, il me raconta tout ce que tu viens de lire et ce n'est que bien plus tard, que je reconnus ta mère dans la sculpture qu'il avait faite.
J'espère que tu comprends à présent mon silence durant toutes ces années. Je ne voulais pas réveiller de douloureux souvenirs. Tu n'avais que huit ans quand elle est partie et quand cette histoire a eu lieu, tu n'avais guère plus de qiunze ans.
Maintenant, je vais t'attendre paisiblement mais surtout prends ton temps.
Je t'aime
Papa

Aprés cette lecture, je suis restée un long moment sans voix, ne sachant pas comment réagir. Je ne savais pas si je devais être heureuse où furieuse. J'avais presque oubliée l'espoir de retrouver cette mère un jour. Et aujourd'hui, elle était là. Aprés tant d'années à essayer de croire que je pouvais vivre sans elle, je me rends compte qu'elle m'a terriblement manquée et combien ce manque était un gouffre abyssal, gouffre que j'ai voulu ignorer. Mais le passé que je cherchais à éffacer, m'a rattrapée au grand galop et me voilà avec cette lettre entre les mains à chercer ce que je dois penser.
Elle était donc là, cette mère. J'ai appris à vivre sans elle. Lui en ai-je voulu ? Oui sûrement quand l'âge de raison pointa son nez. Je ne lui en ai pas voulu pour son départ car je respectais ce choix mais je lui en ai voulu pour avoir, si souvent, vu mon père pleurer en silence. Il n'avait jamais su que je l'entendais
A la suite de ce tournant dans ma vie, je suis allée voir où elle reposait. Maintes fois, je lui avait rendue visite sans savoir qui elle était vraiment. Cette histoire était connu de tous et pour moi, jeune ado à l'époque, je trouvais ça très romantique. Mais cette fois là, l'atmosphère n'était plus la même. C'est vrai qu'elle était belle. Plus tard, j'ai pu dire à ma fille qu'elle ressemblait à sa grand-mère.
J'ai mis du temps à retrouver cette mère. Je porte régulièrement des fleurs sur la tombe de mon père mais aussi ........de ma mère.

Je suis la fille du gardien du cimetière. Demain, c'est mon anniversaire et je vais fêter mes quatre vingt six ans. J'ai ouvert cette enveloppe, il y a trente cinq ans.
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