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 Le secret de mon puits.

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MessageSujet: Le secret de mon puits.   Jeu 12 Juil - 1:16

Je cache un secret au fond de mon jardin.
C’est un puits en vieilles pierres, enseveli sous une verdure débordante. Seule l’ombre des saules pleureurs l’inonde et il voit rarement la lumière. Il n’y a ni pompe ni mécanisme. Personne ne s’en sert jamais, pas même moi, qui vit si près. C’est juste un puits de pierres usées. Je n’en connais pas le fond car je crains de m’y pencher. Je le crois sec. Mais je sais que s’y loge une bête; je l’ai entendu souffler ou peut-être soupirer. Elle en sort certaines nuits. Elle rôde alors dans mon jardin. Je l’entend gratter, je ne sais ce qu’elle cherche mais cela m’effraie. Ou peut-être que je sais … Au matin, je n’ose m’approcher tant que le soleil ne luit pas au zénith. Et même à ce moment, le feuillage des saules disperse d’étranges ombres qui pleurent sur le puits ; il prend une allure antique et maléfique. A pas de loup, je tends l’oreille mais la bête est maligne , elle se tait. Elle se doute que je l’épie. Elle me guette, j’en suis sûre, elle sent mon odeur, l’odeur de la peur. Je la crois cruelle, sauvage, tel un monstre de cauchemar.

Cependant , j'ai un jour entendu ses plaintes. Je me souviens que c’était après une nuit difficile , où le sommeil ne pensait qu’à me quitter. Une de ces nuits peuplées de rêves durs, qui vous laissent épuisé et apeuré lorsque le jour revient vous chercher . J’ai entendu glapir la bête et elle m’a émue. Plus qu’à l’accoutumée, je me suis risquée près du puits. Le soleil était haut mais à cet endroit de mon jardin, la lumière ne parvenait qu’à peine. L’air était frais, presque froid. Ça sentait la terre humide et les feuilles mortes. Ce n’était pourtant pas l’automne. Aucun oiseau ne chantait. Je n’avais jamais été si près . Pour la première fois , j’ai pris le temps de l’observer. A son pied, des plantes hideuses avaient poussé, ornées de sortes de gueules. Je n’en avais jamais vu de pareilles ; je les supposais carnivores, comme le monstre qu’elles défendaient. Certaines attendaient, leurs mâchoires végétales béantes et prêtes, d’autres s’étaient refermées sur une proie égarée ou peut-être offerte par la bête. Puis j’ai vu la mousse et le lierre qui recouvrent les pierres. Sur l’appui, la mousse était griffée et le lierre arraché, preuves du passage de quelque être. Je compris que ce trou servait d’antre. Malgré ma peur, j’avançais un peu plus ; une espèce de pleur murmuré, assourdi par la peine montait du puits. La bête semblait ne pas m’avoir repérée ; je suspendais mon souffle et l’écoutais. Au contraire de ce que j’attendais, la voix n’avait rien de sauvage ni d’animal. Elle gémissait doucement, sans sangloter, mais essayant d’étouffer ses plaintes ; bizarrement, elle me parut familière, ce qui la rendit presque attachante. Peut-être trop…
Mes yeux s’étant bien habitués à la pénombre, je pouvais inspecter un peu mieux les lieux. Les plantes étaient en effet carnivores ; de tout petit lambeaux de chair pendaient aux bords de leurs mâchoires et des traînées de ce que je pris d’abord pour du jus collaient sur les pierres du haut du puits. En examinant de plus près, je compris qu’en fait de jus, il s’agissait de sang séché. Cela rajoutait à la puanteur des feuilles mortes tombées à terre hors saison. Je me demandais quelle genre de bête pouvait ainsi élever des plantes aussi ignobles. Quelle sorte de carnassier pouvait vivre reclus au fond d’un puits sec, sombre et froid ? ne sortir que la nuit pour chasser et passer ses jours à glapir? Que pleurait-il ? je me demandais surtout, et cela m’angoissait car je craignais la réponse, quel était ce monstre qui hantait mon jardin et dont les plaintes m’attendrissaient. Une question enfouie au fond de moi, que je ne voulais pas formuler, une question folle me taraudait : pourquoi me sentais-je si proche de cet animal ?
Les traces continuaient sur les parois internes du puits. Je m’approchais un peu plus, très prudemment. Elles descendaient le long des pierres. Je posais ma main sur l’appui et me penchais. A ce moment, les pleurs se turent et un silence effroyable se fit. Je l’entendis humer l’air, j’entendis ce souffle animal, puis la bête bougea. Je ne vis rien de précis dans ce trou noir, juste une ombre, un mouvement furtif. Paniquée, je reculais vivement, m’écartant de cet gorge dangereuse. Mon sang frappait mes tempes, tous mes sens aux aguets, je me tenais prête à voir surgir un monstre hideux. Que ferais-je en le voyant ? m’enfuirais-je ? Mais seul un sanglot étouffé et malheureux remonta du puits. Un sanglot de souffrance. Il me fendit l’âme et je ne sais pourquoi, je ressentis sa douleur.
Je m’éloignais de cette grotte mais restais dans mon jardin tout le jour. J’étais nouée. Je ne pouvais me résigner à la quitter des yeux. Je changeais régulièrement de place pour l’observer, guetter une sortie du monstre. Comme si le fait de bouger aurait pu le tromper dans son attaque. Mais à aucun moment, il n’essaya de sortir. Soit qu’il eut peur de moi, soit qu’il attendit la nuit, soit qu’il n’en eut pas envie, tout simplement. Ses gémissements contenus finirent par se calmer puis s‘éteignirent. La bête s‘était probablement endormie. J’en ressentis un grand soulagement car ses plaintes m’attristaient.

A présent , tout était paisible. Le jour se retirait silencieusement , la nuit se pencherait bientôt sur nos deux sorts. Etions-nous si différentes ? je n’avais pas fuit bien loin et la bête n’avait pas tenté de m’attaquer. Elle avait grogné quand je l’avais surprise. Me voir ne l’avait ni dérangé ni apaisé. La découvrir ne m’avait que confortée dans l’idée que je la connaissais et la comprenais. Qu’était-elle ? Bientôt la lune apparut, tendre, triste. Elle savait. Elle allait m’apprendre. Elle répandit sa lumière pâle sur mon jardin et le puits prit une autre dimension. Masqué d’une oppressante végétation, il me ressemblait. Il ressemblait à ma vie que je couvrais d’un enchevêtrement de mousse et de lierre, comme on tisse un réseau qui adhère à vos pierres mais ne sert en fait à rien ; si ce n’est à vous donner l’impression de servir à quelques mauvaises herbes qui s’accrochent mais dont vous n’avez pas vraiment besoin. Les plantes carnivores faisaient disparaître les restes de proies déchiquetées par la bête, dont elles étaient la seule compagnie fidèle. Cette bête qui chassait ses victimes, les saisissait, s’en amusait, s'en délectait. Elle devait les aimer d'un amour sincère mais les dévorait, les détruisait. Elle ne se le pardonnait pas et lorsque le jour revenait elle se lamentait .

Que pleurait-elle ? Sous la lune bienveillante, cela me fût soudain si évident : que peut-on pleurer ainsi à part sa propre existence ?
Et qu’était cette bête sauvage sinon mon propre cœur ?
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ericcfs2
Plume d'oiseau


Nombre de messages : 77
Date d'inscription : 22/07/2006

MessageSujet: Re: Le secret de mon puits.   Mer 18 Juin - 17:38

texte assez sympa
et original
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Le secret de mon puits.
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