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 A contrecoeur

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Lili
Invité



MessageSujet: A contrecoeur   Mar 3 Avr - 18:28

Regarde-moi.
Non, ne baisse pas les yeux. Ne me montre pas que tu as honte, que tu ne veux pas poser tes yeux sur moi. Que tu ne veux pas te salir le regard.

Je ne sais pas quoi te dire. Tu attends que je parle et je ne dis rien. Les mots se mélangent dans ma tête et lorsqu'il me semble en saisir un, il m'échappe aussitôt. Je voudrais te parler. Te dire tout ce qui m'écrase, dire des mots, simplement, et que tu les écoutes. Les phrases. Toutes ces phrases que j'avais soigneusement préparées dans ma tête. Restent coincées dans ma gorge, elles m'étouffent, m'opressent, me tuent. Et je ne te les dirai pas. Je le sais, et à cette pensée, mon coeur se serre encore plus.

Si, regarde-moi. Montre-moi que tu connais encore la pitié. Je ne veux pas qu'on ai pitié de moi. Pourtant, si elle me valait ne serait-ce qu'un regard de toi, je me sentirais comblée. Tes yeux rivés au sol. Mes mains moites qui se serrent en silence. Le claquement du vent dans les arbres, les graviers de la cour, la grisaille du ciel et de ce mur que je fixe sans voir. Je voudrais te parler, te regarder. Sentir que tu m'as pardonné. Espérer.

Je voudrais être à des lieues de là. N'importe où, mais pas devant toi à cet instant, toi qui me fuit et qui pourtant ne bouge pas. Ton silence est bien trop lourd. Et tu restes immobile, figé, et plein de rancoeur. Et je pose enfin les yeux sur toi, j'attends, j'ai mal. Tu n'étais pas obligé de venir. Alors pourquoi? Pourquoi t'être présenté devant moi? Peut-être es-tu comme moi, finalement. Angoissé, muet. Je ne peux pas parler. Les secondes s'étirent, interminables, infinies.

Tu me regardes. Vite. Et tu disparaît dans la grisaille sans te retourner. Tu estimes que j'ai eu ce que je désirais. C'est vrai. Mon coeur se relâche, je respire. J'ai vu dans tes yeux tant de belles choses que je ne parviens pas à les garder en moi. Elles sont bien trop belles, bien trop précieuses, pour quelqu'un comme moi. Et pourtant... Des souvenirs, un sourire que je connais, mon visage, celui d'un vieil homme, et nos jeux d'enfants, une maison à la campagne, des années, tant d'années... Un seul regard, pour retracer une vie. Tu ne m'as pas pardonné. Et pourtant... Pourtant, en cet instant, j'ai retrouvé ma place. Je suis ta soeur et tu l'as accepté. Comme à contrecoeur.
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